LE PROJET


Durant les mois de Janvier et Février 2016, nous avons réussi à mobiliser la classe de 1ère section Vente du lycée Condorcet à Arcachon autour de la question de l’esclavage en enquêtant sur l’âge d’or de l’économie Bordelaise à travers son patrimoine et ses archives numérisées. Ce projet financé par la région et de l’académie de Bordeaux nous a permis de visiter le musée d’Aquitaine, le centre des archives de Bordeaux, puis de déambuler dans le Bordeaux esclavagiste du XVIIIe siècle, afin de construire un débat sur la question de l’économie de la servitude.


En quelques semaines, les élèves ont alors dû apprendre à reconstituer le débat entre les valeurs des philosophes et les intérêts des négociants en créant des saynètes autour de la légitimité de la servitude d'hier et d'aujourd'hui.
Ce projet interdisciplinaire visait à mettre en œuvre les compétences argumentatives voulues dans les programmes de Vente et de Français pour apprendre à négocier, convaincre ou dénoncer et se forger une opinion en tenant compte de la valeur des biens et des personnes...

D’un côté, dans le cadre du programme de français, s’est posée la question de savoir comment au pays des Lumières on pouvait défendre l’esclavage et accepter de disposer pour ainsi dire « naturellement » d’esclaves, sans discuter de la valeur des biens et des personnes, du bien et du mal et du droit à posséder ainsi le pouvoir de l’un sur l’autre ?

De l’autre, en lien avec le programme de vente, s’est posée la question de savoir vendre n‘importe quoi à n’importe qui et à n’importe quel prix. C’est pourquoi nous avons fait débattre les honnêtes hommes, les philosophes des lumières, les élèves et les futurs vendeurs, les négociants et les colonisateurs.


Voici le Professeur de Lettres-Histoire, Monsieur Lucas, les professeurs de Vente Mesdames Dupont, Seguin et Vacher
ainsi que les intervenants Jean-Cyril Lopez et Camille Téqui au milieu des élèves de 1ère Vente au moment de la cérémonie de clôture du projet réalisée dans le CDI de Mme Gorin au Lycée Condorcet d’Arcachon en présence de la proviseure Mme Limouzin, des parents et de la presse.

C’est le travail de groupe qui a été au cœur de la démarche puisque la construction de saynètes mettant en débat négociants et philosophes supposait en amont un véritable travail d’investigation autour de la centaine d’archives mises à disposition par le centre des archives de Bordeaux.

Divisés en groupes entre négociants et abolitionnistes, les élèves se sont partagés la tâche de compiler l’ensemble des archives fournies en fonction des thématiques proposées dans le listing fourni par les archivistes afin d’élaborer des arguments en faveur de la thèse à défendre.


En quelques semaines, sur le classeur partagé One Note, les élèves ont dû compléter des tableaux d’arguments, d’objections et de contre-arguments afin de rédiger ensuite le dialogue argumentatif d’une saynète.



Ainsi, tandis que certains abolitionnistes compilaient des archives classées avec le hashtag #esclave en consultant par exemple le « registre d’écrou » ou une gravure du marché aux esclaves,
d’autres consultait le hashtag « commerce » pour mesurer à travers les journaux maritimes la liste des échanges commerciaux et retrouvaient les mêmes archives que ceux qui travaillaient sur le hashtag « traite »
au travers des journaux de bord des navires marchands pratiquant le « commerce triangulaire » ou le « commerce en droiture ».

Une fois construit ce tableau d’arguments à partir d’une sélection d’archives, chaque groupe a dû élaborer un tableau d’objections afin d’anticiper une contre-argumentation pour renforcer la thèse.

La construction de dialogues pour les saynètes n’a alors plus consisté qu’à reprendre les tableaux d’arguments / objections / contre-arguments pour composer les dialogues, en profitant du classeur de travail One Note mutualisé pour s’emparer des idées des différents groupes.

On l’aura compris, il s’agissait d’amener les élèves à percevoir le débat argumentatif comme une mécanique d’exemples communs alternant idées et objections en fonction de la thèse à défendre afin d’acquérir la capacité d’argumenter.



En reposant à la manière de Montesquieu la question du droit à l’esclavage, l’enjeu du débat a dépassé le seul cadre scolaire en faisant de l’exercice imposé du dialogue argumentatif l’objet d’un débat éthique sur le juste et l’injuste par rapport à l’Autre, et le fait de mettre en jeu le conflit entre domination et rébellion sur la scène filmée a permis aux élèves d’incarner ce paradoxe, et de prolonger ainsi la lecture de Candide.

En revenant sur ce moment historique qui a conduit à la révolution française, les élèves sont entrés dans la peau des philosophes qui ont pris la plume pour dénoncer l’esclavage en dépit d’une logique économique et mercantile et au nom des valeurs d’altérité.